Dire que je ne t’aimais plus, le formuler et le penser, c’était laisser entendre qu’il y avait des limites à l’amourque je te portais, c’était sous-entendre qu’il était possible qu’un jour je rompe ma promesse, la plus belle, que je n’ai jamais faite à qui que ce soit d’autre : celle d’aimer toujours. Je me refusais à l’envisager vraiment. Mon amour pour toi était sans bornes, tout au moins le croyais-je. Je me disais que t’aimer encore, après le cataclysme de notre rupture, des mois, des années après, c’était être encore un peu avec l’ancien toi, c’était retarder le moment de te perdre pour de bon. Probablement avais-je aussi l’impression de trahir la personne que j’avais aimé. Je savais vaguement le genre de personne que tu étais devenu, ce n’était pas à lui que je me raccrochais, je savais qu’il n’avait rien d’aimable. Je m’accrochais à toi, à celui que tu as été toutes ces années. Je souhaitais le voir revenir, je voulais de toutes mes forces le voir réintégrer ma vie. Le fait est que la réalité est là, elle aussi, et que ce n’est pas moi qui t’ai menti, qui ai bafoué nos plus beaux moments. C’est toi. Ton abandon, ta fuite, ton manque de discernement. Ton changement, tes nouvelles lubies, ta bêtise. C’est toi seul. J’ai enduré, à distance, tes sarcasmes, ta façon de jouer avec les images et les mots, j’ai souffert de ne pas voir revenir celui qui avait tant compté pour moi. J’ai vu la nouvelle version de toi prendre toute la place, s’imposer toujours plus, quoi qu’il en coûte. J’ai eu mal, tellement parfois que ça en devenait indicible. J’ai persisté pourtant, je n’arrivais pas à croire que la situation était susceptible de s’éterniser de cette manière, je pensais qu’une prise de conscience de ta part était encore possible. Peut-être l’est-elle encore, par ailleurs. Je ne suis juste plus certain de l’attendre. Ces deux dernières années sont suffisantes, non ? Je me suis assez blâmée à ta place, j’ai assez supporté de choses insupportables te concernant, dans l’espoir d’un éventuel retour. Quoi qu’il arrive désormais, je n’ai plus rien à me reprocher, je suis allée au bout de nous.